Le lien entre pesticides et maladie de Parkinson officiellement reconnu
La date du 7 mai restera marquée d’une pierre blanche pour les agriculteurs. Celle de l’entrée en vigueur d’un décret qui reconnaît un lien de causalité entre la maladie de Parkinson et l’usage des pesticides. Cette pathologie est en effet, au niveau national, la seconde maladie neuro-dégénérative après Alzheimer.
Le décret publié le 6 mai au Journal officiel permet ainsi de compléter la liste des maladies professionnelles du régime agricole. Le lien de causalité établi entre la maladie de Parkinson et les pesticides se rapporte, sous le terme de «pesticides», aux «produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques à usage agricole et aux produits destinés à l’entretien des espaces verts ainsi qu’aux biocides et aux antiparasitaires vétérinaires». La définition demeure donc volontairement floue.
Ce texte marque ainsi le début de la reconnaissance des victimes des produits phytosanitaires, dont certaines, membres de l’association Phyto-victimes, ont réussi à se faire entendre le 27 février dernier au Salon de l’agriculture, à Paris. Des agriculteurs qui condamnent l’omerta du milieu agricole et les carences du système de reconnaissance des maladies liées aux pesticides par la mutuelle de santé agricole (MSA). Pour l’instant, la MSA n’a reconnu qu’une petite cinquantaine de cas de maladies professionnelles en lien avec les pesticides, selon Phyto-victimes (voir JDLE).
Pourquoi les agriculteurs rencontrent-ils de telles difficultés? Malade, l’agriculteur doit d’abord prouver que sa pathologie est listée comme étant d’origine professionnelle ou qu’il a été exposé à un produit listé par la MSA (comme l’arsenic ou le benzène). C’est le cas, par exemple, de Dominique Marchal, un céréalier de Meurthe-et-Moselle atteint d’un syndrome myéloprolifératif. Il a dû prouver par ses propres moyens que les pesticides qu’il a épandus contenaient du benzène. Fin avril, l’Etat français a été condamné par la justice à indemniser l’agriculteur (Voir JDLE). Mais son cas, qui fait jurisprudence, est isolé et peu d’agriculteurs osent s’engager dans une telle bataille.
L’entrée de la maladie de Parkinson dans les tableaux des maladies agricoles facilitera donc les démarches pour les agriculteurs chez qui cette pathologie aura été diagnostiquée moins d’un an après l’usage de pesticides. «C’est une reconnaissance officielle qui est, déjà, importante sur un plan symbolique, note Guillaume Petit, membre de Phyto-victimes. Mais c’est aussi le moyen, pour l’agriculteur, d’être pris en charge financièrement, en fonction de son taux d’incapacité à poursuivre son travail.»
Jusqu’ici, selon Yves Cosset, médecin du travail à la MSA, cité dans un article du journal Le Monde, seuls 20 cas de maladies de Parkinson ont été rapportés aux comités de reconnaissance des maladies professionnelles en 10 ans. 10 ont été acceptés, 10 refusés. Désormais, le texte permettra de clarifier les choses.
Le 11 mai 2012 par Geneviève De Lacour