Les boissons énergisantes sont-elles mortelles ?

publié le 08 juin 2012 à 17:41

Red Bull ou Dark Dog, Monster ou Burn, la petite française Truc de fou ou la provocatrice Four Loko – qui n’hésite pas à brasser dans une même canette guarana, taurine, caféine et alcool : les boissons énergisantes sont en plein boom. En France, le marché a été dynamisé par l’irruption du Red Bull en 2008, autorisé à la faveur d’une règlementation européenne après douze ans d’interdiction.

La compagnie, qui se targue d’une croissance de 35 % en 2011, est en tête de ces produits dopés par un marketing énergique, surfant sur les sports extrêmes et la vie nocturne. Non encadrés règlementairement, ils ont pour point commun de contenir des ingrédients supposés « stimulants »  taurine, caféine, guarana, donc, mais aussi ginseng, vitamines… Pourtant, derrière ce succès, chez les jeunes surtout, ces boissons sont sous surveillance des agences sanitaires depuis des années.

Lire l’éclairage : « Boissons énergisantes sous surveillance »

Mercredi, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) a relancé le débat en appelant les professionnels de santé à lui faire remonter les effets indésirables de ces boissons, afin de mener des évaluations plus approfondies. L’agence les suspecte en effet d’être responsables de deux récents décès par crise cardiaque. Le lien n’est pas prouvé, mais « vraisemblable », précise Irène Margaritis, qui dirige l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses. « On en est encore au stade des constats, note la nutritionniste. Mais on cherche à établir un lien de causalité entre les substances présentes dans les boissons, des facteurs aggravants comme l’alcool ou l’état physique, et la nature de ces troubles de santé. »

 

Boissons énergisantes sous surveillance

LE MONDE | 07.06.2012 à 17h04 • Mis à jour le 07.06.2012 à 17h04

Par Charlotte Richard

Un nom qui évoque la puissance du taureau, une cannette noire tapissée de flammes, le Red Bull joue la carte du fantasme. Chimique, artificiel et sucré. Le mauvais goût du Red Bull est loin d’être un obstacle pour ses fans. Après douze ans de bataille judiciaire remportée grâce à une réglementation européenne, la boisson énergisante Red Bull est commercialisée dans sa version originale en France le 15 juillet. Depuis le 2 avril, un ersatz de Red Bull sans taurine était à la vente sur les étals français.

Une réputation sulfureuse, une stratégie de communication qui privilégie la culture underground et les sports extrêmes, la recette du succès de Red Bull dans le monde est un antimanuel de marketing qui a fait ses preuves. En 2007, plus de 3,5 milliards de cannettes de Red Bull ont été consommées dans le monde. Les Etats-Unis représentent le plus gros marché avec 1 milliard de cannettes mais l’Europe n’est pas en reste avec 25 % d’augmentation des ventes en une année. Le leader de la boisson énergisante refuse, pour l’instant, de communiquer ses chiffres sur son activité en France. Impossible de connaître le niveau de consommation dans l’Hexagone.

Les bars et discothèques, eux, n’ont pas attendu les chiffres pour proposer le Red Bull à leurs clients. Vodka Red Bull, vodka Red Bull et grenadine ou encore Red Bull et champagne, autant de mélanges qui rencontrent un large succès dans les soirées. Le consommateur cible de Red Bull selon Red Bull ? « Toute personne qui a besoin d’énergie, que ce soient les sportifs, les personnes employées dans les bureaux, les chauffeurs de taxi (…), les étudiants qui préparent leurs examens, les journalistes qui travaillent dans l’urgence. » La cible est pour le moins vague.

Frank, 31 ans, en boit « comme du café ». « Le Red Bull me donne de l’énergie pour faire du sport. Cela me permet de puiser dans mes réserves et de me concentrer », explique le jeune homme. « Avec de la vodka, c’est très bon. Mais le risque est de consommer plus d’alcool« , constate-t-il. Pour lui, le mystère et le fantasme ont fait le succès de la marque. « Le Red Bull se vendra d’autant mieux qu’il a été à un moment interdit. »

ÉVALUER LES RISQUES CHEZ LES GRANDS CONSOMMATEURS

La réussite de Red Bull dans le monde a fait des émules. Près de seize marques de boissons énergisantes se partagent le marché. Elles allient souvent la caféine à des substances telles que le guarana, le ginseng ou les vitamines. Coca-Cola a lancé Burn, à base de caféine et de guarana en 2002. Danone commercialise V, une boisson qui a déjà rencontré un succès certain en Nouvelle-Zélande et en Australie. Le Dark Dog est proposé par la société Karlsbrau. La plupart des marques ont adopté les thèmes de communication de Red Bull, la nuit et la fête, avec un goût pour l’interdit.

L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et l’Institut de veille sanitaire (InVS) restent sur leurs gardes. Dès le mois de juillet, l’InVS établira un suivi auprès des centres antipoison. Si un patient arrive dans un service hospitalier et signale qu’il a consommé du Red Bull, les médecins constitueront une fiche détaillée en coopération avec les centres antipoison. Les fiches seront ensuite analysées par l’InVS.

L’Afssa lance de son côté une étude qui vise à évaluer les risques chez les grands consommateurs de boissons énergisantes. L’objectif est de contrôler si ces grands amateurs dépassent les limites recommandées de consommation de certaines substances comme la caféine ou les vitamines B et de surveiller les effets du mélange des boissons énergisantes avec l’alcool. « Nous sommes dans une démarche d’évaluation des risques de consommation », précise Jean-Luc Volatier, épidémiologiste à l’Afssa.

La boisson énergisante est composée, entre autres, de caféine (30 mg/100 ml) et de taurine, un dérivé d’acide aminé qui serait impliqué dans les connexions neuronales. L’Afssa rendait en novembre 2006 un avis négatif sur la commercialisation du Red Bull. Faute de pouvoir prouver la dangerosité de la boisson, l’Afssa a plaidé pour la prudence.

Les dangers potentiels du Red Bull sont d’ordre cérébral (hémorragie), neuropsychique (troubles, agitation, tachycardie) et rénal. Il est déconseillé de boire plus de deux cannettes par jour. Pour le docteur Olivier Phan, pédopsychiatre et spécialiste des addictions à l’Institut mutualiste Montsouris de Paris, le Red Bull est un produit comparable à la caféine.

« L’excès de caféine provoque des insomnies, une certaine irritabilité qui entraîne parfois des difficultés dans la relation avec les autres », note le docteur Phan. Pour lui, le danger des boissons énergisantes est avant tout comportemental : « Le Red Bull est un produit d’entrée de gamme. Le risque est de passer à l’étape supérieure et de consommer des excitants et des stupéfiants plus nocifs comme l’ecstasy », souligne le pédopsychiatre.

L’association du Red Bull et de l’alcool inquiète les professionnels de la santé. Le docteur Phan note des risques de déshydratation liés à l’hyperactivité. Les consommateurs déploieront plus d’énergie sous l’effet du Red Bull alors que la boisson n’hydrate pas comme l’eau. L’Afssa relève, dans un rapport de 2006, « un effet potentialisateur des effets excitants de l’alcool » et « une perception amoindrie des effets de l’alcool ». Le risque est d’aggraver les conduites à risque. Et le docteur Phan de conclure : « Les autres pays européens n’ont pas eu de morts dues au Red Bull. Plus d’alcooliques peut-être, des morts non. »

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